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Les premiers habitants du continent amérindien furent, sans doute, des hordes de chasseurs qui, venus d’Asie, traversèrent le détroit de Behring, il y a plus de 30 000 ans. Au cours des siècles, ces tribus se sédentarisant peu à peu, jetèrent les bases de ce qui deviendrait plus tard les hautes cultures américaines.Au Pérou, les premières manifestations de ce qu’on peut appeler une culture, apparaissent quasi simultanément à Chavin de Huantar, à l’est de l’actuelle ville de |
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| Trujillo, et à Sechin,
dans la vallée de Casma, aux environs de -2000 avant J.-C. Ces civilisations, quoique primitives, portent déjà en elles les caracté-ristiques communes aux civilisations andines : une économie agraire basée sur la culture du maïs, une architecture de pierre taillée , utilisée à des fins religieuses et une cosmogonie et des formes politiques dont hériteront les Incas. |
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Très vite, ils
dominent toutes les civilisations voisines. L’empire Inca
couvrait l’ensemble du Pérou et de la Bolivie et une grande
partie de l’Argentine, du Chili et de la Colombie, au moment du
premier débarquement espagnol en 1527, soit seulement trois cent
ans après son apparition ! L’explication de cette expansion foudroyante tient à l’organisation même de la société incaïque à mesure de la conquête : les gouvernements des peuples vaincus étaient maintenus en place mais devaient se soumettre à l’autorité de l’Inca. Ces mêmes gouvernements étaient encadrés par des administrateurs Incas qui veillaient au respect de l’autorité royale, prélevaient les impôts et faisaient respecter les lois communes à l’empire. Mais celui-ci, victime de son succès, a grandi trop vite et, lorsqu’arrive Pizarro, il est déchiré par une guerre de succession entre l’héritier légitime du royaume, Huascar et son frère Atahualpa. Atahualpa accepte de rencontrer les espagnols, dont il souhaite se faire des alliés dans la lutte qui l’oppose à son frère, et tombe dans le piège tendu par Pizarro. Il est fait prisonnier et, de sa cellule, craignant que celui-ci ne prenne définitivement |
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| l’avantage, il fait assassiner
Huascar, laissant l’immense empire sans chef. Très rapidement, les populations soumises aux Incas se rebellent, tandis que l’armée se désorganise. Le 15 novembre 1533, Hernan Pizarro pénètre avec sa troupe à Cuzco, capitale de l’empire. Le règne des Incas aura duré un peu moins de trois siècles et demi. |
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C’est alors le début
de la colonisation espagnole, qui se maintiendra jusqu’en 1821,
après avoir connut des débuts difficiles. De 1537 à 1554, les conquistadores complotèrent les uns contre les autres ou tous contre la Couronne, afin de s’enrichir et d’asseoir leur autorité. La Couronne, commençant à craindre que l’Amérique ne devienne indépendante, limita le pouvoir seigneurial et tenta d’établir autour d’un Vice-roi, nommé par elle, un ordre colonial durable. Autour du Vice-roi s’organisa donc la société coloniale, composée d’une minorité blanche, divisée entre espagnols et créoles, qui contrôlait le pouvoir économique et politique et d’une majorité indienne (à laquelle s’ajouteront ensuite des esclaves noirs venus d’Afrique) qui fournissait leur force de travail. Le mode de vie indien, identique depuis des siècles, changea radicalement : les communautés paysannes furent démantelées, on obligea les paysans au travail forcé d’abord dans les encomiendas, puis dans les mines d’argent et de mercure de Potossi et Huancavelica. |
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| Entre 1525 et 1565 la population indigène
passa de 12 millions à 1,5 millions pour plusieurs raisons
: La propagation de maladies apportées par les espagnols inconnues
jusqu’alors et contre lesquelles les indiens ne possédaient
aucune protection naturelle ; les épouvantables conditions de travail
dans les mines au milieu des vapeurs hautement toxiques ; les hasardeuses
expéditions des conquistadores dans la Selva où les indigènes
périrent par centaines. L’élimination d’abord physique, se doubla d’une élimination culturelle, lorsque, sous la pression du clergé les Espagnols tentèrent d’imposer par la force la religion catholique et de pourchasser les idolâtries. Mais, les indiens fusionnèrent les deux religions en une seule, dissimulant, sans y renoncer, leurs idoles derrière les masques des saints catholiques. Cette double tentative d’extermination fut, pour les survivants, un traumatisme énorme. Au bout de deux siècles pourtant, la société coloniale semblait avoir trouvé un certain équilibre, stable à défaut d’être juste. Mais, ce fragile équilibre se trouva bientôt menacé de l’extérieur et de l’intérieur au XVIIIe siècle |
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De l’extérieur,
par le pillage systématique des colonies, au profit
de la couronne espagnole, qui s’était attribuée, par
décret, le monopole exclusif du commerce avec ses colonies. On
dit qu’il aurait été possible de construire un pont
reliant l’Europe à l’Amérique avec l’argent
extrait des mines de Potossi, certains historiens assurent même
que le capitalisme européen, qui naît au XVIIIe siècle,
n’a été rendu possible que grâce aux
énormes capitaux dérobés en Amérique
latine. Ces prélèvements devinrent encore plus importants,
au moment où les mines, après deux siècles d’exploitation
intensive, commençaient à s’épuiser, constituant
alors une véritable saignée touchant toutes les classes
de la population y compris la noblesse créole, dont les intérêts
divergeaient de plus en plus de ceux de la Couronne.
De l’intérieur, la stabilité des colonies fut menacée par l’émancipation progressive de la noblesse inca. |
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Maintenue en place par les Espagnols, elle n’avait pas de pouvoir
décisionnel, mais servait d’intermédiaire entre
la population indienne et les Espagnols. C’est l’un de ces
membres qui, en 1781, lassé des abus des coloniaux
prit le nom de Tupac Amaru II et organisa un soulèvement
indigène à Cuzco que les Espagnols mirent un
an à maîtriser. Ils constatèrent alors avec stupeur
la cohésion et la vigueur croissante du monde indigène
qui n’avait jamais désespéré de se libérer.
Les Espagnols prirent conscience du danger et adoptèrent de sévères mesures défensives en même temps que certaines réformes améliorant un peu les conditions de vie des indiens. Ces réformes entraînèrent la colère des propriétaires terriens, qui voyaient par ailleurs les prélèvements effectués par la couronne augmenter du fait des guerres qu’elle menait en Europe. Aussi, quand Napoléon s’empara de l’Espagne, l’oligarchie blanche se trouva divisée entre ceux qui refusaient de reconnaître ce gouvernement illégitime et ceux qui voyaient là l’occasion de couper les ponts avec la couronne qui leur coûtait décidément bien cher. C’est l’histoire qui trancha pour eux. |
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La rébellion se propagea
rapidement dans les autres pays d’Amérique latine et le Pérou
se vit bientôt contraint, sous l’impulsion de San Martin,
de déclarer lui aussi son indépendance en 1821. Une fois l’indépendance acquise la bourgeoisie créole prit le pouvoir. On vit alors se succéder au pouvoir jusqu’à la fin du siècle une série d’homme de paille, généralement des militaires, qui servaient les intérêts des créoles. Au XIXe siècle l’histoire politico-économique se résume d’ailleurs en une suite d’occasions manquées : La tentative de redistribution des terres initiée par Bolivar dans le but de faire des indiens de petits propriétaires, profita aux grands propriétaires qui constituèrent d’immenses propriétés latifundiaires où les indiens travaillaient dans des conditions proches de l’esclavage. La double promesse de San Martin : l’abolition du travail obligatoire (la mita) et la reconnaissance du quechua comme seconde langue officielle, ne fut pas tenue. Certes, l’esclavage des Noirs fut aboli en 1850, mais entre 1850 et 1874, prés de 90 000 immigrés chinois arrivèrent au Pérou |
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| fournissant la main d’œuvre agricole
nécessaire à la jeune République péruvienne
qui, endettée par la guerre d’indépendance et privée
de capitaux étrangers (ceux-ci ayant fui pendant la guerre) tentait
de mettre en place une politique économique autonome. La Sierra, région la plus développée du Pérou pendant 2000 ans, fut supplantée par la côte qui vît croître son importance dès 1840 par le développement de l’agriculture côtière et surtout par l’exploitation du guano. Le guano constituait un engrais naturel universellement apprécié et son exportation aurait dû, non seulement, permettre au Pérou de payer ses dettes de guerre, mais faire sa prospérité. En réalité, seule une mince couche de la population (les dirigeants et l’élite créole) s’enrichit sans jamais se soucier d’investir dans le développement de l’industrie nationale. L’exportation intensive, ne s’accompagnant pas du développement industriel du pays, celui-ci continua à importer massivement des produits essentiels, si bien que, lorsque les cours du guano commencèrent à chuter, l’État se trouva très vite surendetté. Il dut, de plus, faire face en 1879 à une guerre avec le Chili qui remporta la possession de concessions minières. La dette extérieure du Pérou atteignit alors des records et l’État fut contraint de céder au Royaume Unis l’ensemble du contrôle des ressources du pays jusqu’au paiement de sa dette. Dès lors l’économie fut entièrement soumise aux exigences de l’étranger : on favorisa les produits d’exportation : argent, sucre et caoutchouc (qui connaissait un véritable boom dans la Selva), et le développement du réseau de transport, indispensable à l’exploitation des ressources minières, l’agriculture et l’élevage se modernisèrent un peu tandis qu’apparaissaient quelques industries. Le XXe siècle voit les investissements nord-américains supplanter les investisseurs anglais. La côte se modernise et, avec les premières industries naît un prolétariat industriel politisé. La lutte s’organise autour de deux partis : L’APRA fondé en 1924 par Raul Haya de la Torre, un mouvement en faveur de la nationalisation des terres et opposé à l’impérialisme américain, et le parti socialiste péruvien d’obédience marxiste fondé en 1928 par José Carlos Mariategui. Au début des années 40, la hausse de la population entraîne des vagues migratoires de la Sierra vers la côte. Les nouveaux arrivants s’entassent dans les faubourg des villes côtières, créant les premiers bidonvilles. Sous le contrôle de l’armée, plusieurs gouvernements conservateurs se succèdent, incapables de provoquer de réformes de fond, alors que l’industrie est en plein essor |
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| En 1968 le général
Velasco s’empare du pouvoir, et, curieusement,
applique le programme de l’APRA, l’ennemi
juré des militaires : démocratisation de l’enseignement
et reconnaissance du quechua comme seconde langue officielle du pays,
investissement dans les travaux publics, nationalisation des gisements
de pétrole, réforme agraire et création des coopératives
agricoles, en terminant avec un système où 0,4 % des propriétaires
terriens possédaient 75 % des terres. En 1980 des élections libres sont organisées. C’est Fernando Belaunde, un centriste, ex-président chassé du pouvoir par les militaires, qui remporte les élections. Belaunde restaure les libertés démocratiques, mais ne peut poursuivre les réformes structurelles initiées par Velasco et, sous la pression du fond monétaire international, engage en 1983 un programme d’austérité visant à résorber la dette extérieure. Les années de plomb Ces années voient l’apparition du mouvement terroriste Sentier lumineux, dirigé par un ancien professeur de philosophie de l’université d’Ayacucho, Abimael Guzman, d’influence maoïste. Il s’appuie, essentiellement dans les campagnes, sur une population pauvre et désenchantée et prend rapidement de l’ampleur, surtout dans la région d’Ayacucho, multipliant les attentats. En 1985 Alan Garcia, nouveau dirigeant de l’APRA est élu, il refuse de poursuivre le remboursement de la dette, ce qui entraîne une rupture avec le FMI. L’argent économisé est alors réinjecté dans l’économie qui connaît de 1985 à 1988 une croissance rapide, mais artificielle de sorte qu’en 1988 le pays, à cours de devises, plonge dans la récession. L’inflation est énorme, le pouvoir d’achat au plus bas, la misère se développe, les industries font faillites et les infrastructures sont laissées à l’abandon. Dans ce contexte Sendero Luminoso grandit encore, prend le contrôle de plusieurs régions et passe des accords avec les narco-trafiquants. La campagne électorale de 1990 débute donc dans un climat de guerre civile, un tiers du pays est sous contrôle militaire. Après le discrédit de L’APRA l’écrivain Mario Vargas Llosa, candidat de la droite, se proposait de renouer avec la communauté internationale mais il fut privé d’une victoire, encore certaine quelques mois auparavant, par un candidat indépendant Alberto Fujimori, qui bénéficia du discrédit de l’ensemble la classe politique. Il initia alors un plan d’austérité ultralibéral qui fut approuvé par le FMI. Deux ans plus tard, au prix de durs sacrifices, l’inflation était maîtrisée et la dette extérieure diminuait ; le Pérou commença alors à retrouver la confiance des investisseurs. Par ailleurs, le gouvernement s’engagea dans une guerre totale contre le Sentier Lumineux déjà responsable de plus de 25 000 morts. En 1992 Abimael Guzman fut capturé et, fort de cette victoire sur les terroristes, Alberto Fujimori fut réélu triomphalement à la tête du gouvernement en 1995. |
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